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Autisme et hippothérapie

INTRODUCTION

Avant d'entrer dans le vif du sujet, je voudrais préciser que mon activité d'hippothérapeute a été précédée par celle de psychologue ayant une formation en systémique et que je travaille essentiellement à l'encadrement des éducateurs, à l'élaboration des projets individualisés des enfants et à la création du milieu thérapeutique.

 

LE MONDE DU SENTIR

Cette position de psychologue systémien et le fait d'avoir travaillé des années avec Etienne Dessoy, nous a amené à comprendre que l'autisme vit essentiellement dans le monde du sentir, dans le monde de la sensation et qu'il échoue à entrer dans le monde de la perception et de la connaissance parce que il a une perturbation de son cycle du contact dans le monde du sentir.

Il est soit dans la fusion, soit dans la rupture, et ce sont les personnes qui l'entourent, réagissant à ses symptômes, qui le font passer de la fusoin à la rupture.

Je ne vais pas entrer dans plus de détails concernant cette théorie, mais il est important de dire que dans le monde du sentir, il n'y a pas de distinction entre soi et le monde. Tout ce qui advient à l'autiste, un bruit, une lumière, est vécu comme auto-produit. C'est un monde où il n'y a pas de temps, si ce n'est un temps séquentiel. C'est le monde de l'ambiance qui nous traverse, de l'humeur.

La perturbation que l'autiste a dans le monde du sentir, a comme conséquence que toute personne en contact avec lui, tous les milieux dans lesquels il va être présent, vont être transformés par ses symptômes. Tout le monde sait dans quel état un enfant autiste peut nous mettre soit par ses cris qui peuvent ne pas cesser pendant des jours, soit avec ses jeux avec le robinet quand il mouille tout par exemple.

Cette observation que l'autiste vit essentiellement dans le monde du sentir nous intéresse particulièrement en tant qu'hippothérapeute, parce que selon E. Strauss, les animaux - donc le cheval - vivent aussi essentiellement dans le monde du sentir.

Ce que l'animal saisit ne devient pas pour lui un objet indépendant, comme il l'est pour le sujet connaissant. " L'animal fusionne avec l'objet dans une communication immédiate. Au point de former avec lui une communauté d'orientation et de voie (Strauss)".

C'est tout particulièrement intéressant de travailler avec un partenaire thérapeutique - le cheval - dont la modalité d'être au monde, le monde du sentir, est proche de celle de l'enfant autiste.

LE POTENTIEL THERAPEUTIQUE DU CHEVAL

A. LE CHEVAL COMMUNIQUE AVEC SON CORPS

Le cheval communique avec son corps, par ses attitudes, ses mouvements, son tonus. Le cheval nous écoute, nous regarde, nous sent !

Il est limité dans sa compréhension de notre langage verbal bien qu'il soit capable de réagir de manières différentes à un nombre important de mots. Mais surtout le cheval est capable d'entendre et de comprendre notre langage analogique !

Il comprend tout ce de que notre corps dit, tout ce que l'intonation de notre voix communique sur notre émotionnel. Le cheval perçoit et entend surtout des choses que nous n'avions pas forcément envie de lui communiquer : notre peur, notre énervement, notre indisponibilité. Il les perçoit même si nous lui disons l'inverse par la parole !

Cette faculté de communicatioin du cheval constitue un potentiel thérapeutique important pour le travail avec les enfants autistes.

Quelque part, le cheval nous contraint à être vrai et parfois même nous empêche de nous mentir à nous-mêmes. Par sa réaction, nous nous rendons compte de l'état dans lequel nous sommes réellement. Ces facultés de communication du cheval, je pense que nous les avons perdues au profit du langage parlé qui nous permet un mode de communication extrèmement riche, mais le langage parlé nous permet aussi le mensonge sur nos intentions, sur nos émotions.

Avec un cheval, c'est nous seul que nous dupons. Lui ne sent que notre odeur qui trahit notre peur, que nos gestes saccadés qui manifestent notre nervosité, que le son de notre voix qui traduit notre insécurité, etc...

Si j'insiste tant sur cet aspect de la communication du cheval, c'est parce que c'est aussi le mode privilégié de communication de l'enfant autiste. Cette faculté de communication à travers le corps, le mouvement; le tonus. Cette communication analogique, l'enfant autiste la possède également. Lui aussi réagit à notre état émotionnel, à notre intention réelle, au ton de notre voix plutôt que du contenu de nos paroles.

Ce mode de communication similaire au cheval et à l'enfant autiste, et le fait que tous les deux vivent essentiellement dans le monde du sentir, nous permet peut être de comprendre pourquoi, certaines fois, leur rencontre paraît si extraordinaire et fascinante

B. ANIMAL PORTEUR

Si vous vous rappelez bien, à part si vous êtes cavalier, la dernière fois que vous avez été porté par un être vivant remonte à il y a bien longtemps !

Pour la plupart d'entre-nous, cela remonte jusqu'à notre enfance, quand un de nos camarades nous portait sur son dos ou, à notre petite enfance quand notre père nous portait sur ses épaules ou quand nous étions bébé où nous vivions principalement dans les bras de notre mère.

Ce portage, et tout ce que cela entraîne comme intimité, confiance, sensorialité, sécurité, plaisir, bien être - ou au contraire peur, insécurité, angoisse, douleur - le cheval peut à nouveau nous l'apporter, nous le faire revivre.

Cet animal porteur se déplace dans un mouvement rythmé. Ce rythme est très important, il favorise l'apaisement; la détente, il peut rassurer plus que l'immobilité. Par exemple, Ali avait très difficile de monter sur le cheval, il manifestait de la peur, de l'agitation. Dès que le cheval se mettait à marcher, Ali s'apaisait comme par miracle au rythme des mouvements, des balancements du cheval.

C. LE CHEVAL EST UN ETRE VIVANT, LE MANEGE EST UN MILIEU VIVANT.

Le manège est un milieu riche en stimulations de tous ordres : olfactives par son gros tas de fumier qui pue, odeur du foin, odeur du sabot du cheval qui brûle quant on est en train de le ferrer; auditives - un cheval qui hennit ou le bruit d'une galopade ou d'un cheval qui tape du pied contre sa porte; visuelles - l'impression de force qui se dégage face à un grand cheval noir qui trotte nerveusement quand on le conduit au pré; tactiles...douceur, chaleur du poil que l'on caresse; stimulations émotionnelles aussi quand on apprend que notre poney est parti, qu'on ne le verra plus, que l'on peut en prendre un autre !

Stimulations qui ont en commun d'être en prise directe avec la vie, avec la mort avec la nourriture, avec ce qui sort, le caca; avec l'agressivité, la douceur, la tendresse; avec la naissance, avec la sexualité...

Ces stimulations sont bien réelles, elles ne sont pas une image, une photo, un écran de télé ou d'ordinateur. Elles ont une charge symbolique forte, elles percutent notre imaginaire, nos fantasmes et provoquent un vécu, des émotions bien spécifiques chez chacun des enfants.

D. LE CHEVAL EST UN ANIMAL AFFECTIF MAIS QUI NE JUGE PAS.

Le cheval réagit à la douceur, aux câlins, aux récompenses. Beaucoup d'enfants le considèrent comme un ami à qui ils s'attachent, en qui il ont confiance. Le cheval réagit aussi à l'expression, au stress. Mais surtout le cheval ne juge pas.

Disponible à la rencontre, il ne s'impose pas. Il n'a pas d'intention à l'égard de l'enfant, il n'en a que par rapport à lui (avoir une friandise, vouloir retourner au box).

Donc le cheval ne va pas être transformé par les symptômes comme nous le sommes. Il ne va être agacé, énervé ou se sentir impuissant devant l'enfant autiste. Cette caractéristique va nous permettre d'occuper une autre place dans cette relation à trois.

E. LA CHARGE SYMBOLIQUE DU CHEVAL.

Le cheval fait partie de notre culture.

Jusqu'à la fin du 19me siècle , il était la principale force motrice. Dans l'agriculture, dans l'industrie, pour se déplacer, à la guerre.

Le cheval est force, force positive pour labourer les champs, tirer une diligence. Ou force associée à la destruction dans la guerre. Ou force associée au pouvoir. Tout le monde a dans sa tête des images de chevaliers, de cow-boy, d'indiens à cheval, de peuples nomades, symboles de liberté.

Il est dans tous les contes de fées, symbole de notre animalité, de notre côté irrationnel, pulsionnel, inconscient, intuitif. Il y a dans le rencontre entre l'homme et le cheval une ambivalence, une symbolique négative et positive, une dialectique - source de paix ou de conflit.

Toute cette symbolique qui entoure le cheval intervient, plus ou moins indirectement, dans l'hippothérapie. Autant pour l'hippothérapeute que pour les enfants.

Nous pouvons supposer que cette symbolique se mêle à l'effroi ou à l'attrait viscéral parfois ambivalent que peuvent ressentir les enfants autistes ou psychotiques à la rencontre de cet animal chargé de sens et d'Hiostoire (Mémoire Sophie p. 14).

Le cheval est donc avant tout un animal imaginaire avant d'être un être réel. Et pour cela il est pour l'enfant un objet de projection et d'identification important !