UN PONEY POUR ÊTRE GRAND
Ce livre relate les séances du Baby Poney organisé par Claudine Millet pour des très jeunes cavaliers (à partir de quelque 2 ans déjà.) Cette approche du cheval par de tous jeunes cavaliers s’articule en harmonie avec la collaboration constructive des parents. La lecture de ce récit est d’une réelle fraîcheur et certainement source d’enseignements pour toutes les formes d’approche du cheval qu'il s'agisse de personnes fragilisées ou non.
Les textes reproduits ci-dessous émanent essentiellement de la préface rédigée par Catherine Mathelin spécialisée en psychopédagogie du jeune enfant.
Extraits de la préface écrite par Catherine Mathein, psychopedagogue du jeune enfants.
J’ai rencontré Claudine Pelletier-Milet il y a quelques années en accompagnant au poney club Noémie, une petite fille de mon entourage, habituée à suivre les stages organisés pour les enfants par le haras des Mairins Berdrix.
J’avais pratiqué l’équitation pendant mon enfance et le souvenir des reprises du jeudi après-midi dans un manège parisien ne m’avait pas laissé de traces particulièrement heureuses. C’était plutôt un moment ennuyeux, fait d’un mélange d’appréhension et de contrainte. Les heures de trot assis ou de galop sans étriers, les bras dans le dos, avaient pour moi un arrière goût militaire. Si ces méthodes m’avaient donné une certaine assiette, elle ne m’avaient pas permis d’aimer l’équitation, ni même les chevaux.
Mais Noémie m’avait parlé du poney club bien autrement. Cette petite fille gaie et vivante me racontait inlassablement les histoires qu’elle partageait avec les poneys, les aventures en promenade, les découvertes émerveillées en forêt… où une place était faite à la rêverie et à l’imagination.
…Les tourments des enfants, je les connais bien. Psychanalyste depuis de longues années, lorsque je reçois des enfants je les écoute me raconter leur vie. J’ai appris avec eux à comprendre ce qui les blesse ou les humilie, comme ce qui les aide à grandir et à se construire harmonieusement. Les adultes aussi nous parlent de leur enfance et dans l’après coup de ce qu’ils ont vécu, s’éclairent ainsi les impasses, les souffrances ou les moments forts et structurants qui ont fait d’eux ce qu’ils sont devenus aujourd’hui.
…les psychanalystes peuvent … témoigner de ce que les enfants leur enseignent. C’est sous la forme d’un témoignage que je souhait introduire ce livre.
…Les petits cavaliers du haras des Mairins Berdrix m’ont permis de comprendre qu’il y avait une autre façon que la méthode traditionnelle de devenir un bon cavalier. Ils m’ont montré que cette façon-là permettait non seulement d’apprendre à monter à cheval mais aussi de grandir mieux, de développer la confiance en soi, le goût de la nature et du contact avec d’autres êtres humains, le goût de la communication.
… Lorsqu’une semaine plus tard je suis revenue chercher Noémie au club, Claudine (NDLR Claudine Milet) m’a proposé d’assister à une reprise qui allait justement commencer. « Puisque vous aimez les chevaux et que vous connaissez bien les enfants, ça vous intéressera peut-être » me dit-elle.
…C’est dans le triangle « enfant-poney-parent » qu’elle (NDLR : Claudine Milet) intervient, mettant à la fois entre eux de la distance et du lien…
(NDLR : Catherine Matherlin explique avec humour et tendresse quelques évènements qui interpellent parents et jeunes cavaliers, notamment la découverte du désir d’un tout tout jeune enfant qui rejoindra sa sœur à cheval, les angoisses des parents et le charme et les objectifs d’une séance s’inspirant de comptines enfantines, de mimiques, de jeux de mains au son d’une musique qui parfois s’interrompt lorsqu’il paraît important de dire quelque chose…).
… La façon de se tenir à cheval, c’est eux (NDLR : les enfants) qui la trouvent en jouant…tous rectifient leur position au bon moment… Claudine invite aussi les enfants à comprendre leur poney. « Ils ne demandent pas mieux que de jouer « dit-elle, « si vous gagnez la partie, vous gagnerez à deux ». Former une équipe nécessite la mise en place d’une confiance et d’un respect mutuel… « il ne faut pas l’empêcher de jouer avec vous, mais plutôt lui en donner l’envie ». L’enfant est amené à tenir compte du poney qui existe avec lui et indépendamment de lui. C’est une découverte essentielle dans le développement de l’enfant…Comprendre son cheval et s’entendre avec lui pour qu’il vous comprenne à son tour.
(NDLR : Catherine Materlin évoque ensuite les séances au trot, les hésitations de certains, les manifestations de crainte chez les parents ou leurs impatiences et maladroits encouragements, resituant positivement les efforts des jeunes cavaliers ).
…Claudine est étonnamment attentive à tout ce qui se passe. Elle anticipe ce qui pourrait être la réaction des poneys, la peur d’un enfant et son besoin d’être rassuré, la demande ou l’inquiétude des parents.
(NDLR : après la séance au trot, viens pour le cavalier qui le souhaite le passage au galop. Catherine Mathelin s’étonne de voir galoper, surs d’eux et détendus, des enfants aussi jeunes et perçoit cette ambiance qu’elle qualifie de magique et de fête qui se dégage de toute la reprise. Après une promenade avec cavaliers et parents en forêt, vient le temps du brossage, des gâteries, du rangement et de la difficile séparation).
Catherine Matherlin continue :
…C’était ma première rencontre avec le baby poney. J’étais enthousiaste d’avoir participé à cette reprise. Participé en effet, parce que personne dans le manège n’est en position passive. Claudine amène tout le monde à entrer dans le jeu, à intervenir de sa place d’une façon ou d’une autre.
Enthousiaste, parce que repérer le bonheur des enfants et leur désir de se sentir grands, m’amène toujours à ressentir une forte émotion. C’est une étincelle qui ne s’est jamais éteinte pour moi au cours de toutes ces années de travail, tout comme au long de l’évolution de mes propres enfants.
L’enthousiasme tient aussi à l’intérêt de la méthode, vous le ressentirez en lisant les pages qui suivent, mais pas seulement. Il tient aussi à la façon singulière de Claudine, en tant que personne, d’aborder parents, poneys et enfants, et de ça, elle ne vous parlera pas dans le livre. C’est pourquoi j’ai souhaité vous en dire un peu plus.
Après une première reprise, nous nous sommes rencontrés à nouveau et nous avons parlé encore. Quelques temps plus tard nous étions devenues amies et Claudine me demandait de réfléchir avec elle à un livre qu’elle se proposait d’écrire avec le souci de transmettre. Elle me demandait aussi de le préfacer. J’ai tout de suite accepté, et c’est avec plaisir que nous avons travaillé ensemble.
…Elle (NDLR : Claudine) explique dans son livre combien le dressage peluche de ses poneys est essentiel. Les petits chevaux auront une grande responsabilité lorsqu’on leur confiera des bébés. Il faut qu’ils soient dociles, confiants. La communication entre poneys, enfants et elle, doit être forte et constante. Il lui faudra comprendre ses poneys tout comme eux-même la comprennent. Il s’agira aussi de communiquer, comme avec les enfants.
… Elle (NDLR : Claudine Milet) met au centre de son approche théorique :
La question de la séparation : la construction de l’autonomie et de l’indépendance.
L’enfant passe des bras qui le portent au dos du poney. Il s’éloigne de ses parents tout en étant encore bercé par le cheval. Les parents restent malgré tout auprès de lui. Il peut apprendre à être seul avec la possibilité de se sentir rassuré. Il expérimente la présence/absence. On retrouve ici Winnicott lorsqu’il parle de la capacité à être seul en présence des parents. L’enfant est à proximité sans être collé. Il est porté également par les mots de Claudine qui le rassurent. Les parents sont là, il peut se risquer sans être trop inquiet.
…Indépendance, dépendance et différenciation sont tout spécialement au travail dans le temps de la reprise. Autant me semble-t-il, pour les parents que pour les enfants. On ne peut que remarquer combien les parents s’appuient aussi sur Claudine pour supporter les progrès de leurs enfants.
Le travail sur les perceptions, les sensations, le corps et le débat des représentations.
C’est le but des jeux proposés dans la méthode. Il s’agit de faire des découvertes sensori-motrices stimulées par la présence du poney. L’espace et le temps sont en jeu.
Claudine sait l’importance de ces découvertes. Un accident , il y a quelques années, l’a laissée dans le coma. Lorsqu’elle est revenue à la vie, elle a dû tout réapprendre, tout ressentir à nouveau, redécouvrir le temps, l’espace, la sphère sensori-motrice, réapprendre à marcher, à parler, à vivre.
Cet apprentissage , lorsqu’on le fait adulte, permet de comprendre les difficultés que nous sommes pas à même de repérer ou d’évaluer lorsque nous y sommes confrontés pour la première fois, dans le toute petite enfance.
De là l’attention très particulière et l’écoute spécialement fine de Claudine à tout ce qui touche la sensorialité de l’enfant. Elle sait comment l’amener à progresser dans ses découvertes parce qu’elle a ressenti pour son compte la difficulté de cet apprentissage à un âge où il lui était possible de se souvenir de l’effort que ça représentait.
Tous les sens de l’enfant sont en éveil ; elle le sait parce que elle l’a vécu. Elle met en mots ce que l’enfant ressent, elle lui prête des idées, elle favorise des représentations. Elle le devance en lui supposant la possibilité de penser son corps et de se penser diriger le cheval.
Et dernier point, last but not least, le dialogue : tous est langage pour Claudine, comme pour Françoise Dolto. La moindre expression, la mimique la plus discrète de l’enfant signifie un ressenti qu’il faut décoder. Elle essaie de mettre des mots sur tout ce qui se passe. Elle favorise, pour les plus grands, l’imaginaire pendant les promenades ou même pendant la reprise. Cet enfant se prend pour un chevalier, cet autre pour un cow boy. Cette petite fille a peur du loup, cette autre est une princesse à cheval. Claudine accompagne leur jeu et devient partie pre,nante de leur histoire. Le plaisir de l’invention et la création passent alors au premier plan. L’enfant, au travers du jeu, se sert du cheval pour exorciser ses peurs, pour devenir un autre, pour être fort et invincible. C’est sa façon à lui d’exister. C’est par le jeu qu’il surmontera ses problèmes du moment. « le jeu disait Winnicott, est une thérapie en soi ». Claudine le sait et le respecte.
…je vous laisse découvrir au cours de votre lecture les textes sur lesquels elle s’appuie pour mettre en avant ces trois points essentiels : la question de la séparation, le travail sur les perceptions et la mise en mots des émotions.
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