Travail de fin d'études à l'Ecole de Formation en Thérapie avec le Cheval ANTHE ANTHESIS de Marie Eve SARLET sur le sujet "COMMENT LE CHEVAL PERMET DE SNOEZELER.

AVANT PROPOS DE L'AUTEUR :

Avant d’aborder la manière dont le cheval permet de snoezeler avec les personnes profondément handicapées, il me semble important de consacrer une partie de ce travail au concept du Snoezelen. En effet, au fil de mes expériences personnelles, scolaires et professionnelles, je me suis aperçue que nombre de personnes avaient déjà entendu parler de ce concept, sans cependant pouvoir y intégrer des notions précises, Snoezelen se retrouvant alors comme une sorte de fourre-tout d’un «travail-loisir» avec les personnes en difficultés.

Dans la première partie de ce travail, j’aborderai donc de manière théorique cette philosophie pour le moins particulière.

Dans un second temps, je tenterai, à partir de vécus personnels notamment, d’apporter une réponse à cette question : Comment le cheval permet de « snoezeler »…?

TABLE DES MATIERES.

* Qu’est-ce que le concept Snoezelen ?

* Les conditions de créations

- l’atmosphère adéquate

- la possibilité de choisir

- la possibilité pour chacun de vivre les situations selon son rythme

- la juste durée dans le temps

- la répétition

- la présentation sélective des stimulations

- la Stimulaion Basale.

- les stimulations somatiques

- les stimulations vibratoires

- les stimulations vestibulaires

- l’attitude adéquate

- l’accompagnement adéquat

* Quelles stimulations dans l’espace Snoezelen ?

- le toucher

- l 'ouïe

- le regard

- le goût et l'odorat

* Quel accompagnant ?, Quel accompagnement ?

- la sécurisation

- l’observation

- la relation

- l'empathie tonique et les ajustements corporels et affectifs

- la relation symbiotique et les complémentarités de posture

- la distanciation progressive

- la réduction des tensions

- le centrage, l'ancrage, l'enracinement

- le partenariat symbolique

- l'éveil sensoriel extéroceptif et intéroceptif5

* Les effets thérapeutiques

Et le cheval dans tout ça ?

* Expériences personnelles

* Réflexions théoriques

* Quels sont les apports du cheval au sein des séances Snoezelen ?

- le cheval en tant qu'«Objet sensoriel»

- le toucher

- l' ouïe

- le regard

- le goût et l'odorat

- le cheval en tant qu'«Animal porteur»

- le cheval en tant qu'«Individu social et affectif»

- la communication digitale

- la communication analogique

- le cheval en tant qu'« Etre chargé symboliquement »

- le cheval idéal ?

* Quel accompagnant ?

Conclusion

Les utilitaires

* Illustrations (en cours d'introduction)

* Bibliographie

Le Snoezelen. 

Qu'est-ce que le concept Snoezelen ?

Le premier Snoezelen est apparu à la fin des années 1970, en Hollande, dans un centre pour adultes handicapés mentaux de « bas niveau ». Progressivement, ce concept de proposer à des personnes lourdement handicapées une activité au sein de laquelle elles sont elles-mêmes actrices de leur vécu fait son chemin, et le premier espace Snoezelen permanent voit le jour en 1984. Depuis lors, des améliorations et de nouvelles idées sont sans cesse introduites dans les espaces Snoezelen, qui sont maintenant ouverts à un plus large public : personnes âgées, enfant polyhandicapés, patients en psychiatrie, … .

Le terme « Snoezelen » vient de la contraction de deux termes néerlandais : « Doezelen » et « Snuffelen ». « Doezelen » peut être traduit par « somnoler », introduisant une idée d’activité apaisante, une sensation de langueur ; « Snuffelen », quant à lui, signifie « renifler, découvrir, explorer, fureter », développant une notion de dynamisme, un état d'ouverture aux objets et aux autres.

Pourquoi « Doezelen » et « Snuffelen »?

Snoezelen est basé sur le fait que lorsqu'une personne est dans un état de bien-être, de sécurité (« Doezelen »), elle est plus propice à s'ouvrir au monde qui l'entoure (« Snuffelen »). Elle pourra alors se mettre en mouvement vers la découverte. L'action est donc très présente, elle se trouve même à l'avant-plan, dans le sens où l'utilisateur a une part active dans l'événement (1).

Snoezelen propose donc au visiteur (2) un moment de rencontre, de détente, de confort et de sécurité tout en lui permettant de faire, selon son propre rythme, l'expérience de diverses stimulations sensorielles parfois très simples.(3). Il n'y a pas ici de souci d'efficacité, de rentabilité.

S’il fallait définir « Snoezelen », on pourrait dire qu’il s’agit d’une démarche proposant une offre sélective de stimulations primaires dans une ambiance chaleureuse. "L’approche snoezelen" propose de créer des moments de vie authentique pour des personnes différentes (4). En effet, « Snoezeler », c'est proposer des stimulations sensorielles variées, et accompagner les personnes dans le ressenti de ces sensations, c'est développer une émotion commune autour d'une situation, c'est permettre au visiteur de vivre le monde à SA façon.

Plus qu’une simple activité ou qu'une technique de travail, Snoezelen est une philosophie de vie pour les personnes côtoyant des individus différents. En effet, si Snoezelen est une activité orientée vers la perception sensorielle par le biais de la lumière, du son, du toucher, de l’odorat et du goût (5), il ne suffit pas de laisser le bénéficiaire seul dans l’espace Snoezelen. Snoezelen se veut être la rencontre entre les personnes, gravement handicapées ou non. Le contact entre les individus est donc essentiel. Et si l’outil est un bon support, il ne travaille jamais seul, chaque personne porteuse d’un handicap étant unique et méritant d’être le sujet de la rencontre qui se joue.

Enfin, il est possible de snoezeler dans les espaces « prévus à cet effet » et appelés « Espaces Snoezelen », mais également durant n’importe quel moment de vie (bains, repas, promenade, …), à condition de prendre le temps de vivre ces expériences avec la personne en accordant une place à son bien-être à partir de l'éveil de ses sens.

1. HULSEGGE J. et VERHEUL A., Snoezelen : Un autre monde, p. 20

2. Dans ce travail, le terme «visiteur» signifie «patient», «bénéficiaire». Il s’agit donc de la personne au service de qui se met le professionnel et à qui s’adresse le Snoezelen.

3. DELSTANCHE M., La relation psychomotrice dans l'espace snoezelen avec des adultes handicapés mentaux, p. 2

4. HULSEGGE J. et VERHEUL A., Snoezelen : Un autre monde, p. 43

5. HULSEGGE J. et VERHEUL A. Snoezelzn : Un autre monde, p.43

Les conditions de créations (6).

Pour permettre à la personne en difficulté de Snoezeler de manière optimale, il est important de respecter les quelques conditions suivantes :

- l’atmosphère adéquate

L'atmosphère dans l'espace Snoezelen vient essentiellement de l'accompagnant qui doit « remplir » l'environnement de sa présence, être chaleureux et accueillant. Il doit être attentif au langage corporel des visiteurs, aussi faibles soient les signaux émis.

Au niveau matériel, ce sont les lumières et le son qui contribuent pour beaucoup à créer une ambiance chaleureuse : une lumière tamisée et une musique de fond douce invitent à la détente.

- la possibilité de choisir

Tant que possible, c'est au visiteur que revient le choix de l'activité.

A l’accompagnant d’accepter que chacun peut avoir ses propres goûts : ce qui plaît à un ne plaira pas nécessairement à l'autre, et ce qui plaît à un moment donné à une personne ne lui plaira peut-être pas la prochaine fois.

- la possibilité pour chacun de vivre les situations selon son rythme

La personne doit avoir le temps de capter les stimulations, de vivre ses propres expériences et cela à SON rythme.

- la juste durée dans le temps

L’idéal lorsque l’on souhaite proposer une activité Snoezelen est de ne pas avoir d’horaire strict à respecter. On peut ainsi suivre au mieux le rythme des visiteurs et adapter le temps de la séance en fonction des envies émergeantes. Si nous restons réceptifs, ce sont les réactions des bénéficiaires qui nous indiqueront quand terminer la séance. Si nous observons ennui, désintérêt, baisse de l’émerveillement…, nous pourrons penser à clôturer la visite.

De manière plus générale, on peut distinguer quatre temps dans une séance Snoezelen (7) : l'acclimatation, l'invitation, la fin, la réappropriation.

L'acclimatation. Il s'agit du moment juste avant la séance durant lequel accompagnant et visiteur prennent un temps de transition entre le lieu de vie quotidienne et l'espace Snoezelen, et se préparent à entrer dans l'espace. Cette période de liaison est représentée par la promenade jusqu'au lieu de séance.

L'invitation. C'est le moment de la séance. L'accompagnant crée une atmosphère adéquate, respecte les choix et le rythme de la personne, sélectionne et dose les stimulations, accompagne le visiteur dans ses découvertes…

La fin. Il est important de finir en douceur, lorsque l'on voit une baisse d'intérêt, un ennui, … (toutefois, ces signaux restent subjectifs). Pour inviter à la fin, l'accompagnant peut utiliser son propre corps (changer d'attitude en se mettant debout par ex., verbaliser, …) ou utiliser le matériel (augmenter la luminosité, supprimer la musique de fond, …). Il est important de prévenir que l'on va terminer la séance pour que le visiteur ait le temps d'anticiper ce moment de fin, de s'y préparer dans la mesure du possible.

La réappropriation. Elle correspond au « chemin inverse » de l'acclimatation. Il s'agit alors de prendre du recul par rapport au vécu Snoezelen en verbalisant, en dessinant, en prenant un verre ensemble… et ainsi dissocier le dedans et le dehors, Snoezelen et vie quotidienne.

- la répétition

A la différence de nous, accompagnants et personnes dites «normales», qui analysons et ordonnons rapidement les stimulations perçues, la personne en difficulté a besoin de beaucoup de temps pour analyser, assimiler et intégrer les stimuli. Comme le jeune enfant, il devra vivre et revivre un grand nombre de fois la même situation avant de la faire sienne, d’élargir son arsenal d’expériences (8) , et ainsi se créer son propre répertoire sensoriel. Il est donc important d'observer les réactions du bénéficiaire afin d'évaluer au mieux ses envies.

- la présentation sélective des stimulations

Etant donné les difficultés des visiteurs à analyser rapidement des stimuli (comme expliqué précédemment), un environnement trop riche risque d'en devenir chaotique, incompréhensible, angoissant, envahissant, …

Pour que cet environnement soit plus accessible, il est donc préconisé de présenter les stimulations de manière sélective. Dans cet objectif, il est possible de créer, au sein d'un espace Snoezelen, plusieurs « pièces » à ambiances différentes et stimulant un sens spécifique. On peut créer par exemple une chambre noire (9), stimulant l'acuité visuelle ; une pièce réservée aux instruments à percussion, stimulant la perception des vibrations par l'ouïe, mais aussi par le reste du corps : os, articulations… ; ou encore une chambre blanche avec un matelas d’eau chauffant, induisant une agréable sensation d’enveloppement (10) .

Cette « théorie » de séparation des stimulations proposées est également développée dans le concept de la Stimulation Basale d'Andréas Fröhlich. Initialement, cette approche s’adresse à un public différent de celui du Snoezelen, à savoir les personnes polyhandicapées. Les objectifs de travail de Fröhlich sont également différents de ceux du Snoezelen. En effet, le but de la stimulation basale est de compenser le manque d’expériences, de mouvements autonomes et d’interaction avec l’environnement (11) dû au handicap de la personne, et ceci dans une triple optique :

1) Aider la personne à construire son identité à travers une meilleure prise de conscience de son corps,

2) Lui permettre de mieux appréhender son environnement,

3) favoriser la communication, aussi infime soit-elle, en veillant aussi à notre façon de communiquer (12).

Il s'agit donc d'une approche psychopédagogique. L'approche Snoezelen quant à elle vise à privilégier des expériences sensorielles satisfaisantes et agréables comme moyens de découverte de l’environnement, (…) avec pour conséquence un enrichissement personnel (13). Ici les visiteurs pourront voir, sentir, toucher les choses tout simplement parce que cela leur plaît, et non pas pour faire provision d'informations, pour apprendre ou pour se développer (14). Le développement personnel issu de cette activité au sein du Snoezelen n'est pas un objectif en soi, mais « seulement » une conséquence « heureuse » de l'activité

6. HULSEGGE J. et VERHEUL A., Snoezelen : Un autre monde, p. 43

7. DELSTANCHE M., La relation psychomotrice dans l'espace snoezelen avec des adultes handicapés mentaux, Conférence Handicom, octobre 2002, pp. 7 - 8

8. HULSEGGE J. et VERHEUL A., Snoezelen : Un autre monde, p. 48

9. Voir illustration en fin de texte

10. Voir illustration en fin de texte

11. GEMIS F., Techniques et Méthodes de la Psychomotricité : La stimulation basale. Andreas FROHLICH, p. 1

12. Idem, p. 2

13. HULSEGGE J. et VERHEUL A., Snoezelen : Un autre monde, p.10

14. Idem, p. 51

La Stimulation Basale.

Malgré cette différence de point de vue, il me paraît intéressant de nous attarder sur cette approche qu'est la Stimulation Basale. En effet, par ses recherches, Fröhlich a permis de théoriser sur l'apport des stimulations sensorielles pour l'être humain. Il a été démontré que les perceptions somatiques, vestibulaires et vibratoires entraînent un processus de communication même chez les enfants polyhandicapés (15), découverte pour le moins intéressante du point de vue du Snoezelen qui cherche à créer un contact entre les participants.

Ainsi, Fröhlich rapproche le vécu de la personne polyhandicapée profonde avec celui du nourrisson et se base donc sur le développement de la corporéité et de la relation chez le bébé pour envisager l’évolution favorable du polyhandicapé (16). Il considère le corps comme point de départ : c'est à partir (…) de lui que la personne peut se sentir exister et entrer en relation avec l'extérieur (17). Il propose donc d'offrir des expériences élémentaires (basales) à la personne en difficulté, et ce au sein d'une relation interpersonnelle avec le soignant. Un climat de confiance pourra progressivement s'installer, et un lien se créer. C'est cette relation de confiance qui permettra à la personne en demande de construire son individualité, le rôle du thérapeute étant de proposer des réponses et des modes d'interaction adaptés à la personne, notamment en s'impliquant corporellement dans la relation et en faisant preuve d'une grande créativité.

En effet, le corps est la base de travail commune au patient et au thérapeute. C'est grâce aux mouvements du corps que nous sommes en mesure d'organiser notre perception du monde, insérée dans les rapports de communication avec les autres êtres humains (18). Il sera donc plus complexe pour l'enfant ayant des difficultés motrices de percevoir son environnement, de se l'approprier. La Stimulation Basale propose donc d'entrer en contact avec l'enfant en essayant de renouer avec des expériences précoces de la vie à un niveau qui, bien avant la naissance, était significatif pour lui.

On distingue trois types de stimulations basales : les stimulations somatiques, les stimulations vibratoires, et enfin les stimulations vestibulaires. À partir de ces trois domaines fondamentaux, il est possible d'accéder à d'autres domaines liés à la perception et au développement : l'ouïe (d’abord associée aux stimulations vibratoires), le goût, l'odorat, le toucher et bien sûr la vue (19). Chez Fröhlich, ces stimulations font suite aux stimulations basales et suivent toujours un « programme » précis.

Les stimulations somatiques.

Dès la période utérine, l'enfant peut percevoir son environnement avec l'entièreté de son corps, et en particulier avec sa peau. Il peut se mouvoir et rassembler ses premières expériences à l'aide de ses pieds, ses mains et sa bouche.

L'image que nous nous formons de notre corps correspond aux expériences que nous avons vécues grâce à notre peau et à nos muscles (20) . Un trouble du tonus musculaire va donc entraîner une modification de notre image corporelle, associée à des foyers négatifs correspondant aux zones douloureuses (liées aux soins, aux interventions médicales, …). Au moyen d'une stimulation somatique, c'est-à-dire portant sur l'ensemble du corps cutané et musculaire, il s'agit de vivre une expérience positive avec son propre corps, avec sa propre individualité, au niveau des frontières et des points de contact avec le monde (21), en partant du tronc (centre du corps), puis en se dirigeant petit à petit vers les extrémités.

Le toucher peau à peau aura un aspect communicatif, alors qu'un toucher par l'intermédiaire d'un média (étoffe, …) permettra à la personne de sentir de manière plus claire le contact et donc sa «frontière» avec le monde. Pour cette raison, il sera important que le toucher soit ferme, fluide, constant et sans interruption. Cette harmonie dans le toucher permettra également au bénéficiaire de vivre son corps harmonieusement. Outre les apports tactiles, ces stimulations sont aussi kinesthésiques, intéro- et proprioceptives. Les moyens utilisés sont des massages et auto-massages divers, des mobilisations, des stimulations locales et globales de la peau, très variées, des positionnements de différents types, des variations dans les appuis, de la relaxation, du travail rythmé, des micro-mouvements, des actions sur la respirations, des exercices contre résistance légère... (22).

Pour terminer, il est intéressant de noter que le toucher de la peau et du corps a un effet stimulant et stabilisateur sur les émotions.

Les stimulations vibratoires

Ce type de stimulation est également perçu précocement durant la grossesse, parallèlement aux stimulations somatiques. A ce stade, l'enfant capte les vibrations produites par la mère (sa voix, sa respiration, les battements de son cœur, …) et par l'environnement extérieur, et peut y répondre (accélération du rythme cardiaque…).

Cependant, les stimulations vibratoires ne seront réellement intégrées que lorsque l'enfant se mettra debout et marchera. Elles seront alors ressenties par l'intérieur du corps (os, articulations). Ce sont ces vibrations qui permettent de prendre conscience de la résistance qu'offre le sol (expérience toujours renouvelée lors des modifications d’appuis au sol et donc de mises en charges des différents segments corporels), mais également de la liaison existant entre les différentes parties du corps (conscience d'une unité corporelle).

La position assise ou couchée prolongée entraîne une accoutumance et donc une perte de la perception et de la conscience. Il est donc intéressant de proposer des vibrations au niveau des extrémités des jambes et des bras pour compenser ce manque, ces vibrations induisant également une profonde détente et un éveil de l'attention. Pour ce faire, des instruments musicaux surtout à sonorités graves, des objets divers (coussin vibrant…) peuvent être mis en contact avec le corps du bénéficiaire. Cependant, il faut être vigilant à ne pas exercer de vibration au niveau musculaire afin de ne pas engendrer de réactions toniques négatives et difficilement contrôlables. Il peut aussi être intéressant d'exercer des vibrations au niveau du tronc et de la tête, ce qui assurera alors une transition entre la perception des vibrations au niveau corporel et la perception auditive. Toutefois, la prudence lors de ces manipulations reste de mise.

Les stimulations vestibulaires

Notre système vestibulaire, en coordination avec notre vision, nous permet de garder notre équilibre en nous renseignant sur notre position dans l'espace, les accélérations, les rotations, les montées et les descentes. Ces stimulations sont donc liées à la force pesanteur, et seront également présentes chez l'enfant in-utéro puisque la mère bouge, change de posture…

Plus tard, l'enfant présentant des difficultés à se déplacer seul sera lésé dans les expériences qu'il pourra avoir de ces stimulations vestibulaires. On pourra donc lui proposer des stimulations modérées telles que des girations, des variations de position dans l’espace ou encore un léger balancement, qui lui apporteront détente et bien-être, mais lui permettront également d'apprendre à stabiliser sa posture et régulariser son tonus musculaire.

- l’attitude adéquate

Plus que la connaissance d'une technique, ce sont nos qualités personnelles qui seront déterminantes dans notre attitude face aux personnes en difficultés que l'on accompagne dans le Snoezelen. Ici, il ne suffit pas de savoir comment faire, il faut être Soi. C'est notre plaisir personnel, notre chaleur et notre affection qui seront garants de la qualité du contact que l'on aura avec le visiteur, tout en restant conscient que lui aussi a ses qualités propres et sa manière personnelle de nous percevoir et de réagir à notre personnalité.

- l’accompagnement adéquat

Cette condition de création d'un moment Snoezelen fera l'objet d'un paragraphe particulier de ce travail. Toutefois, il est possible de résumer les caractéristiques principales de cet accompagnement comme suit : être présent de façon active en créant les conditions favorables (23)

15. DELSTANCHE M., La relation psychomotrice dans l'espace snoezelen avec des adultes handicapés mentaux, Conférence Handicom, octobre 2002, pp. 2 - 3

16; GEMIS F., Techniques et Méthodes de la Psychomotricité : La stimulation basale. Andreas FROHLICH, p. 1

17. MUSITELLI Th., La Stimulation Basale

18. ibidem

19. FRÖHLICH A., Avancer ensemble dans la réalité sensorielle du monde, Lausane, décembre 2001

20. FRÖHLICH A., Avancer ensemble dans la réalité sensorielle du monde, Lausane, décembre 2001

21. Ibidem

22. GEMIS F., Techniques et Méthodes de la Psychomotricité : La stimulation basale. Andreas FROHLICH, p. 2

23. HULSEGGE J. et VERHEUL A., Snoezelen : Un autre monde, p.50

Quelles stimulations dans l'espace Snoezelen ?

Au sein d'un espace Snoezelen, les différents sens sont stimulés de manière variable grâce à un matériel diversifié et parfois complexe. Afin d'éviter l'ennui, et pour permettre un maximum de découvertes, il est bon de faire varier le matériel mis à disposition tout en veillant à ne pas changer trop souvent pour permettre une bonne appropriation de celui-ci par le bénéficiaire (voir supra). Il est possible de réaliser une grande variété de matériel soi-même (24) ou de l'acheter « prêt à l'emploi » ; toutefois, il ne faut pas oublier que le matériel seul n'est rien ! C'est partager un moment avec un autre qui compte vraiment. Ainsi, il est important que l'accompagnant puisse être réceptif et se laisse guider par le visiteur. En effet, ce qui nous paraît anodin peut être précieux pour le bénéficiaire ! Cette différence peut être imputée au niveau de perception des personnes lourdement handicapées qui est différent du nôtre. À notre niveau, nous prenons conscience de l'environnement qui nous entoure et nous nous sécurisons quasi uniquement par la vue, au point de négliger les autres entrées sensorielles (quelle odeur a ce livre, quel goût à cette fleur???, nous n'en savons rien). Une fois que nous sommes sécurisés, nous explorons plus en détail les choses qui nous intéressent, nous interpellent ou semblent nouvelles pour nous. Le visiteur vit les choses d'une toute autre manière : il est curieux du monde par tous ses sens, il a besoin d'expérimenter par plusieurs canaux sensoriels pour pouvoir s'approprier l'objet, qui pour lui peut ne pas avoir la signification courante que nous lui accordons (une colonne à bulle contre laquelle se coller, alors que nous penserions plutôt à la regarder, …).

Les sens spécifiquement sollicités au sein d'un espace Snoezelen sont : le toucher, l'ouïe, la vue, le goût et l'odorat. Des stimulations de type somatique, vestibulaire et vibratoires (voir supra) peuvent également être expérimentées.

Le toucher

Contrairement à nous qui avons un mode de reconnaissance de l’environnement essentiellement visuel, les personnes handicapées mentales utilisent très fréquemment le toucher pour se créer une image du monde qui les entoure. Il leur arrive aussi très souvent de mettre en bouche, comme le jeune enfant.

Dans le Snoezelen, il est donc très important de placer de nombreux objets à toucher. Ceux-ci seront placés en hauteur en fonction des modes de déplacement utilisés par les visiteurs. Ils doivent également être disposés de manière à ce que la personne soit amenée à y être confrontée : rideau de textures différentes (laine, macaroni, rubans en plastique, …). Ainsi, s’il se déplace, le bénéficiaire sera obligé de passer dans le rideau et pourra approfondir le contact s’il l’apprécie.

On peut aussi placer de nombreux objets à textures variées sur les murs ou sur le sol, qui lui-même fait partie intégrante de l’expérience Snoezelen. Outre les textures, il est également important de proposer des objets qui offrent des sources de chaleur différentes (des lumières de couleurs différentes provoquent des températures différentes (25) , mais aussi différents matériaux comme le bois, le métal…), des vibrations variables (instruments de musique…), une humidité changeante ou un courant d’air variant au niveau de la température de l’air ou de sa vitesse.

Les matelas d’eau et piscines à balles sont d’autres moyens de stimuler le toucher des visiteurs, et ce de manière plus globale, faisant alors référence aux stimulations somatiques, vestibulaires et vibratoires décrites par Fröhlich.

L'ouïe

Pour les personnes handicapées mentales, il est difficile d’être concentré sur les sons, d’écouter et pas simplement d’entendre. Dans notre monde où les bruits sont présents en permanence, entendre peut donc être vécu comme agréable ou désagréable, et provoquer une attirance vers la source sonore, ou une réaction inverse comme se boucher les oreilles.

En ce qui concerne les bruits et sons émis par les personnes elles-mêmes, il est très souvent difficile de leur attribuer de manière certaine une signification précise à valeur communicative, pour peu qu’ils en aient une. En effet, peut-être la personne apprécie-t-elle juste le son de sa voix !…

Dans l’espace Snoezelen, une pièce silencieuse peut être aménagée. Là, le son devient un but en soi, et plus un moyen (musique d’ambiance). Ce silence peut amener la personne à une grande détente, ou au contraire être vécu comme menaçant. Dans cet espace seront disposés divers objets et instruments pouvant produire des sons. Il peut être intéressant de combiner ces instruments à des jeux de lumières afin de rendre les sons plus « visibles », plus « conscientisables », plus prégnants. Il faut également veiller à ce que le plafond de la pièce ne soit pas trop bas (les sons s’écraseraient), ni trop haut (il y aurait trop d’écho). D’autres objets tels que haut-parleurs, micros, écouteurs, ou caisse de résonance peuvent être installés.

Lien entre l'ouïe et le toucher

La peau et les organes internes sont capables de réagir aux vibrations émises par les sons. Le son possède donc, d'une certaine manière, une qualité «tactile», et n'est pas perçu uniquement par nos oreilles.

Dans le Snoezelen, on utilisera par exemple des caisses de résonance ou un matelas à eau vibrant en fonction de la musique diffusée.

Le regard

Sur la plan de la qualité attentionnelle, il est possible de dresser un parallèle entre audition et regard chez les personnes handicapées mentales. Ainsi, comme elles savent entendre, elles sont capables de voir, mais regardent peu. De ce fait, et pour favoriser la perception de certains objets produisant un effet plus visuel, la lumière dans l’espace Snoezelen est tamisée. Cela permet de créer une ambiance de détente, mais également de faire ressortir des sources lumineuses plus précises.

Ainsi, la vue du visiteur pourra être attirée par des projections, des dias fluides, des dalles lumineuses au sol, des colonnes à bulles, une boule à facette, des objets qui roulent, des miroirs, des objets de couleur vive… Pour les murs, sols et plafonds, les couleurs pastelles seront les plus utilisées, car elles donnent une impression reposante. Il est également important de choisir la couleur en fonction de la lumière : une lumière tamisée fait varier le coloris choisit.

Le goût et l'odorat

Dans l’espace Snoezelen, les odeurs peuvent être utilisées de diverses manières, soit comme créatrices d’ambiance (les odeurs peuvent influencer notre état d'âme ) (27), soit comme stimulations spécifiques par des sacs à odeurs suspendus ça et là (chaque odeur pouvant être associée à une texture de tissus particulière, et/ou une couleur qui lui est propre), des tableaux à odeurs, … Il est important de savoir que l’intensité des odeurs varie en fonction de la température de l’air. Il faut également garder à l’esprit que ce que nous percevons comme agréable peut être vécu par d’autres comme désagréable et inversement. Il faudra donc diversifier le plus possible les propositions olfactives, tant au niveau de l’odeur proprement dite, qu’au niveau des contrastes qui existent entre elles.

L’expérience du goût quant à elle est souvent une combinaison de sensations gustatives et olfactives . (…) la présentation d’aliments liquides ou solides où l’on peut utiliser de façon très sélective les stimulations qui éveillent des sensations gustatives spécifiques (amer, salé, sur, sucré) (28) est très intéressante. Il est possible de proposer (…) par exemple des radis, du poisson salé, un cornichon, un biscuit (29), du café… Ces dégustations peuvent se faire au sein de l’espace Snoezelen même, ou après la séance, lors de la phase de réappropriation dont nous avons parlé précédemment. Il sera alors possible de partager un moment convivial tous ensemble tout en reprenant pied dans la vie quotidienne.

24. De nombreuses indications pour réaliser soi-même son matériel sont disponibles dans le livre : HULSEGGE J. et VERHEUL A., Snoezelen : Un autre monde[Double-click here]

25. HULSEGGE J. er VERHEUL A., Snoezelen : Un autre monde,p.73

26. HULSEGGE J. et VERHEUL A., Snoezelen : Un autre monde, p. 26

27. Idem, p. 112

28. Idem, p. 55

29. Ibidem

Quel accompagnant ? - Quel accompagnement ?

Comme il a été dit précédemment, accompagner une personne en Snoezelen, c'est être présent de façon active en créant les conditions favorables (30). Comment interpréter cette phrase?

♦ Il existe trois axes prioritaires qui sous-tendent l’accompagnement de la personne handicapée au sein de cette « activité » et qui font référence aux conditions de création d’un moment Snoezelen :

- Le respect de la personne. Respecter les envies, les choix, le rythme, les besoins de l’autre est essentiel. La personne handicapée est avant tout une personne avec ses goûts, ses plaisirs, ses compétences, aussi « petites » soient-elles. Respecter la personne implique donc de rester présent (par une proximité corporelle, par la voix) tout en lui laissant le temps de vivre sa propre expérience, et donc ne pas trop vite «corriger» si cette expérience peut nous sembler sortir de la « normale ».

- La priorité aux expériences sensorielles, aux sens. Comme nous l’avons déjà dit, Snoezelen vise à privilégier des expériences sensorielles satisfaisantes et agréables comme moyens de découverte de l’environnement, (…) avec pour conséquence un enrichissement personnel (31), comme pour le jeune enfant qui tire profit de ses interactions dynamiques avec son environnement. Il sera donc important de créer un environnement permettant au bénéficiaire de tirer au mieux profit des stimulations présentes, et de lui laisser le temps de vivre son corps et ces sensations, de découvrir ou redécouvrir ces surprises/plaisirs/déplaisirs. Il est également primordial que le visiteur sente qu'aucune performance n'est attendue de sa part.

- La recherche de plaisir, de satisfaction, de détente (relaxation) et de sécurité. Il faut donc veiller à ce que la découverte de l’environnement procure du plaisir à la personne, et ce dans un climat de détente et de sécurité corporelle et affective. Ces sensations de plaisir, de détente et de sécurité seront facilitées par l'attitude de l'accompagnant (attitude corporelle, chuchotement, empathie tonique, complémentarité de posture, …), mais également par l'environnement qui se doit d'être accueillant (lumière tamisées, musique douce, …).

♦ Outre ces axes, on retrouve également, dans l'accompagnement de la personne handicapée, des principes de base propres au Snoezelen. Ces principes sont :

- la sécurisation

Comme nous l'avons déjà vu précédemment, ce n'est que dans un climat de détente et de sécurité interne que le visiteur va pouvoir s'ouvrir à ses sens et à la relation. Il sera intéressant pour nous de voir comment la personne se sécurise : dans quelle pièce va-t-elle, dans quel endroit de cette pièce, dans quelle position?, reste-t-elle immobile ou se déplace-t-elle?, vient-elle nous chercher? …

En tant qu'accompagnant, nous nous devons d'être une sécurité extérieure qui permettra à la personne de trouver sa sécurité interne pour pouvoir se poser, être vrai et pas sur la défensive. Nous devons être le symbole de la loi et de la sécurité corporelle et affective des visiteurs, nous ne devons pas tout permettre.

- l’observation

Par notre observation des comportements du visiteur, nous allons tenter de nous faire une idée de son vécu ; déceler, à travers les témoins corporels que l'autre nous envoie, les sources de bien-être et les portes d'entrée vers la relation (mimiques, attitudes du corps, …), en restant ouvert au changement (ce qui plaît un jour ne plaira pas forcement le lendemain) ; et distinguer les préférences des visiteurs afin de pouvoir, par la suite, aménager l'espace de manière plus adéquate. Il sera également important d'orienter notre regard vers les capacités, les forces de la personne, et non vers ses faiblesses.

Il faut cependant rester attentif au fait qu'étant nous-même dans l'ambiance Snoezelen, nous risquons d'être subjectif. Nous tenterons donc d'être aussi objectif que possible en nous posant des questions claires : le visiteur a-t-il un comportement identique ou différent lorsqu'il est dans le lieu de vie?, est-il plus calme, plus actif?,…

- la relation

Dans le Snoezelen, nous sommes des partenaires à part entière. Nous ne pouvons nous écarter de nos propres sentiments. Etre à l'écoute de nous-même, être conscient de nos propres sentiments et pouvoir les exprimer nous permettra d'être plus disponible à l'autre et à la relation. Nous devons apporter une écoute attentive au visiteur, être présent, laisser venir les demandes en étant disponible, sans être intrusif. Nous allons rencontrer l'autre dans ses émotions, et pour cela, nous devons nous laisser toucher par lui tant physiquement que psychologiquement.

♦ Outre ces axes, on retrouve également, dans l'accompagnement de la personne handicapée, des principes de base propres au Snoezelen. Ces principes sont :

- la sécurisation

Comme nous l'avons déjà vu précédemment, ce n'est que dans un climat de détente et de sécurité interne que le visiteur va pouvoir s'ouvrir à ses sens et à la relation. Il sera intéressant pour nous de voir comment la personne se sécurise : dans quelle pièce va-t-elle, dans quel endroit de cette pièce, dans quelle position?, reste-t-elle immobile ou se déplace-t-elle?, vient-elle nous chercher? …

En tant qu'accompagnant, nous nous devons d'être une sécurité extérieure qui permettra à la personne de trouver sa sécurité interne pour pouvoir se poser, être vrai et pas sur la défensive. Nous devons être le symbole de la loi et de la sécurité corporelle et affective des visiteurs, nous ne devons pas tout permettre.

- l’observation

Par notre observation des comportements du visiteur, nous allons tenter de nous faire une idée de son vécu ; déceler, à travers les témoins corporels que l'autre nous envoie, les sources de bien-être et les portes d'entrée vers la relation (mimiques, attitudes du corps, …), en restant ouvert au changement (ce qui plaît un jour ne plaira pas forcement le lendemain) ; et distinguer les préférences des visiteurs afin de pouvoir, par la suite, aménager l'espace de manière plus adéquate. Il sera également important d'orienter notre regard vers les capacités, les forces de la personne, et non vers ses faiblesses.

Il faut cependant rester attentif au fait qu'étant nous-même dans l'ambiance Snoezelen, nous risquons d'être subjectif. Nous tenterons donc d'être aussi objectif que possible en nous posant des questions claires : le visiteur a-t-il un comportement identique ou différent lorsqu'il est dans le lieu de vie?, est-il plus calme, plus actif?,…

- la relation

Dans le Snoezelen, nous sommes des partenaires à part entière. Nous ne pouvons nous écarter de nos propres sentiments. Etre à l'écoute de nous-même, être conscient de nos propres sentiments et pouvoir les exprimer nous permettra d'être plus disponible à l'autre et à la relation. Nous devons apporter une écoute attentive au visiteur, être présent, laisser venir les demandes en étant disponible, sans être intrusif. Nous allons rencontrer l'autre dans ses émotions, et pour cela, nous devons nous laisser toucher par lui tant physiquement que psychologiquement.

Au sein de la relation, on peut distinguer trois temps différents : le temps de l'approche, celui de la relation et enfin celui de la distanciation. Snoezeler, c'est pour l'accompagnant laisser le temps au visiteur de lézarder, lui laisser le temps de l'approche, ne pas brusquer la rencontre. C'est dans cette relation à soi, à l'autre et à l'objet que le visiteur pourra découvrir, petit à petit, ses capacités et ses limites. En début de séance, il faut pouvoir se faire discret pour laisser la place au choix du visiteur (où s'asseoir ?, quand changer d'endroit ?, pouvons-nous venir près de lui ou pas?…) ; ici, nous dépendons de son vécu, contrairement aux autres activités où la personne handicapée dépend de nous.

Nous devons aussi être attentif au fait que le niveau de communication des personnes lourdement handicapées est différent du nôtre. Chez elles, c'est le langage corporel (ou communication analogique) qui est privilégié, et surtout le port de tête, le regard… alors que nous prêtons plus attention aux mimiques, aux bruits, aux gestes et surtout aux mots. C’est à nous à nous adapter à leur niveau : nous devons agir beaucoup plus, la voix venant «uniquement» soutenir notre action, sans avoir peur du ridicule.

Cet art de la relation, nous demande de la tolérance et une connaissance de soi particulièrement fouillée ainsi qu'un travail corporel continu. On ne peut aborder l'autre, entrer en relation si on ne sait pas ce que l'on engendre comme réaction car le langage du corps est un langage beaucoup plus puissant que la parole car il ne trompe pas (…).(32)

♦ En pratique, on peut distinguer différentes dynamiques relationnelles qui sont utilisées par l'accompagnant durant les séances de Snoezelen. Ces dynamiques sont :

- l'empathie tonique et les ajustements corporels et affectifs

L'empathie désigne une attitude envers autrui caractérisée par un effort objectif et rationnel de compréhension intellectuelle des ressentis de l'autre (en particulier de sa souffrance). Excluant particulièrement tout entraînement affectif personnel (sympathie, antipathie) et tout jugement moral (33). Elle implique un processus de recul intellectuel qui vise la compréhension des états émotionnels des autres. (34) Cette empathie se traduit dans le Snoezelen au niveau du corps de l’accompagnant, il s’agit d’une empathie tonique. L’accompagnant s’accorde au tonus du visiteur, tout en gardant sa corporéité (c.a.d sans se laisser submerger émotionnellement devant les productions de l'autre) (35). Il s’agit de se laisser toucher sans pour autant faire siennes les émotions de l’autre. Cette empathie et ces ajustements permettent d’approcher et d’«apprivoiser» l’autre.

- la relation symbiotique et les complémentarités de posture

Ces notions de relation symbiotique et de complémentarité de posture sont à mettre en lien avec celle de dialogue tonique développée par Ajuriaguerra et reprise par Bullinger. Pour lui, cette relation a lieu dans un espace de fusion (relation symbiotique) entre les deux personnes en présence à travers le contact corporel polysensoriel (36) (complémentarité des postures, regards, jeux de voix…).

Ces deux notions peuvent également être liées, me semble-t-il, à celles de Holding et Handling développées par Winnicott. En effet, dans cette relation et ces postures complémentaires, le visiteur pourra se sentir contenu par l’accompagnant et l’environnement. Ainsi, comme le jeune enfant porté par sa mère, il pourra retrouver une sécurité interne, sécurité de base qui lui permettra d’entrer en relation avec l’accompagnant et partir ensuite à la découverte de l’environnement par une distanciation progressive.

- la distanciation progressive

Cette dynamique amène à la rupture du contact corporel et à l'individualité par des modifications des points de contact, un travail sur le regard et sur la voix, une modification de la luminosité et de la musique, des jeux plus dynamiques.

- la réduction des tensions

C'est grâce à des massages, des manipulations, ou encore de la relaxation, que l'on va amener la personne à se détendre. Cette détente lui permettra, entre autres, de retrouver un certain plaisir à vivre son corps.

- le centrage, l'ancrage, l'enracinement

Cette possibilité de se poser va permettre une meilleure confiance en soi et une possibilité d'action. Retrouver dans le Snoezelen une certaine sécurité de base va amener la personne à prolonger cette sécurité à l'extérieur, ainsi le visiteur sera plus fort pour «affronter» le quotidien.

- le partenariat symbolique

On peut symboliser, à la demande, certains rôles tout en veillant à ne se laisser enfermer dans aucun.

- l'éveil sensoriel extéroceptif et intéroceptif

Pour l’accompagnant, il s’agira de suivre le visiteur dans ses découvertes, de l’accompagner, d’être présent sans être intrusif. Il faut pouvoir lâcher prise quant aux projets que l'on pourrait avoir pour le bénéficiaire, et lui laisser la liberté d'agir, d'expérimenter selon ses désirs, tout en veillant à sa sécurité.

Pour le visiteur, cette ouverture aux différents sens va amener une ouverture à soi puis progressivement à l'autre, pouvoir mieux exprimer ses émotions (37).

30. HULSEGGE J. et VERHEUL A., Snoezelen : Un autre monde, p. 50

31. Idem, p. 10

32. DELSTANCHE M., La relation psychomotrice dans l'espace snoezelen avec des adultes handicapés mentaux, Conférence Handicom, octobre 2002, p. 5

33. WIKIPEDIA, L’encyclopédie libre

34. Ibidem

35. DELSTANCHE M., La relation psychomotrice dans l'espace snoezelen avec des adultes handicapés mentaux, Conférence Handicom, octobre 2002, p. 10

36. BULLINGER A , Approche instrumentale de l’autisme infantile, In Le développement sensori-moteur de l’enfant et ses avatars. Un Parcours de recherche, Ramonville, Ed. Erès, 2004, p. 177

37. DELSTANCHE M., La relation psychomotrice dans l'espace snoezelen avec des adultes handicapés mentaux, Conférence Handicom, octobre 2002, p. 12

Les effets thérapeutiques.  

Si l’objectif de base du Snoezelen est la détente, la relaxation, par le biais des stimulations sensorielles et de la relation à l’autre, sans exigence d'une rentabilité ou efficacité d'aucune sorte, cette activité présente cependant un certain nombre d’effets thérapeutiques.

En effet, grâce au Snoezelen, on observe chez les personnes handicapées :

- une diminution des comportements inadaptés ;

- une découverte de soi, de son identité propre (j’aime/je n’aime pas ; j’ai envie/je n’ai pas envie) ;

- une découverte et une recherche d’un bien-être, d’un plaisir, d’une relaxation, d’une diminution de l’inconfort ; une conscientisation de ses sources de bien-être personnelles afin d'en profiter pleinement et peut-être de les améliorer ;

- une découverte, une expérimentation et une appropriation de son environnement, qui passe par un éveil sensoriel et la création d’un répertoire sensoriel personnel : le visiteur s’approprie ses sens. Les sensations perçues et intériorisées sont de type archaïque, primitif, sans réflexion nécessaire ;

- une ouverture à l’autre, qui passe par l’expression des sentiments, des émotions, des désirs, des choix : c’est pouvoir s’exprimer en sachant que l’on est écouté. Il y a donc ouverture des canaux de réception (canaux sensoriels), mais aussi des canaux d’émission, d’expression. Un lien avec l'accompagnant peut se créer ;

- une autonomisation : le visiteur peut identifier ses besoins, exprimer ses choix, se mettre en mouvement vers ce qui lui plaît, et trouver des stratégies pour résoudre les problèmes éventuels qui pourraient survenir. Petit à petit, la personne pourra se réapproprier sa vie en temps que sujet, et plus uniquement comme objet de soins ;

- un développement au niveau psychomoteur : motricité globale et fine, orientations spatiale et temporelle, schéma corporel, équilibre, …

De ce fait, certaines institutions ont choisi de proposer le Snoezelen à des fins thérapeutiques ou pédagogiques, et plus comme moyen de partage et de bien-être.

Au niveau de l'équipe encadrant les visiteurs, on constate également certains «effets thérapeutiques» pour autant que l'on puisse les appeler ainsi :

- un meilleur contact entre les personnes handicapées et les membres de l'équipe ;

- une plus grande motivation au sein de l'équipe.

Ces listes sont évidement non exhaustives.

Et le cheval dans tout ça ?

Comme nous l’avons vu, il existe (…) trois axes prioritaires qui sous-tendent l’accompagnement de la personne handicapée à travers(…) (38) l’approche Snoezelen :

- le respect de la personne ;

- la priorité aux expériences sensorielles, aux sens ;

- la recherche de plaisir, de satisfaction, de détente et de sécurité.

Ces trois axes ne s’attachent pas à un lieu ou un matériel précis. Le concept « Snoezelen » peut se vivre partout, à tout moment, à la condition de prendre la peine et le temps de vivre chaque expérience (toilette, bain, repas, sieste, promenade,…) en donnant place au bien-être de la personne à partir de l’éveil sensoriel (39). C’est en prenant appui sur cette affirmation, et en me basant sur des vécus personnels que je développerai la seconde partie de ce travail : Comment le cheval permet de « snoezeler »…

* Expériences personnelles

«Comment atteindre ces sons qui m'attirent?», voilà une question que je me suis posée à deux reprises.

La première fois lors d'un week-end Snoezelen durant ma formation en psychomotricité. J'allais vivre, les yeux bandés, une heure et demie de découverte d'un espace Snoezelen. Mais il me fallait d'abord trouver le chemin menant à la pièce, guidée par la musique, puis franchir la porte me séparant encore de l'endroit, tout cela sans rien y voir. J'ai beaucoup apprécié ce long moment passé dans l'obscurité quasi totale, tous les sens en éveil, à découvrir un monde nouveau, sans aucune forme de contrainte, d'exigence, d'obligation de rentabilité, d'efficacité… Pouvoir juste être là, pleinement, à l'écoute de mes sens, de mes émotions, entièrement absorbée par mes découvertes sensorielles et le plaisir/déplaisir qui en résulte.

La deuxième fois où je me suis posée cette question, j'avais à nouveau les yeux bandés. Je me trouvais à la porte d'un box dans lequel m'attendaient deux poneys avec lesquels j'allais également passer près d'une heure trente. Une fois près d'eux, la porte franchie, ce qui m'a le plus attiré n'était pas eux, mais le bruit de l'eau qui gouttait dans ce que j'ai supposé être une citerne au fond du box. Pour atteindre cette source sonore, il me fallait d'abord traverser la distance qui me séparait d'elle, mettant en place mes propres mécanismes de sécurisation : marcher droit devant, légèrement penchée en avant pour pouvoir sentir avec mes mains s'il n'y avait pas d'obstacle. Arrivée à destination, j'ai passé un long moment, collée à la cuve, m'emplissant de ce son de clapotis …

Ensuite, j'ai tenté de prendre mes marques dans mon nouvel univers, adoptant le même mécanisme de sécurisation que précédemment, pour cette fois faire le tour du box. Cependant, ce besoin de me créer une image de l'endroit dans lequel je me trouvais a été rapidement effacé tant les choses à découvrir étaient nombreuses et surprenantes. Partant à la rencontre de moi-même, à l'écoute de mes sens et par là-même, de ce lieu nouveau, je me demandais tout de même dans un premier temps, ce que j'allais pouvoir découvrir de nouveau… Après tout, je côtoie les chevaux depuis un bon bout de temps maintenant : de la paille, du bois, du foin, de l'eau, et des poneys… rien de bien exceptionnel en somme… Il me fallait juste oser prendre le temps de me laisser surprendre par ces choses si courantes pour moi, mais que finalement je connaissais plutôt mal, oser être curieuse de tout : pouvoir me rendre disponible à toutes ces choses communes, mais finalement peu connues… comment décrire la sensation que procure la chaleur du souffle du poney sur le visage alors qu'il fait seulement quelques degrés dans le box?, …

Des expériences comme celles-là, j'ai eu l'occasion d'en vivre beaucoup d'autres dans le cadre de mon travail avec les chevaux… les chatouillis des vibrisses d'un poney sur mon visage et dans mes cheveux ; un enfant captivé par un cheval passant sa tête par dessus la porte de son box lorsqu'on passe dans l'allée ; un autre qui semble fasciné par le fait de mettre ses doigts dans la bouche, les naseaux, et les oreilles d'une jument et essaye de lui toucher les yeux avec des gestes d'une incroyable délicatesse ; un autre encore, décrit comme violent par ses éducateurs, qui une fois couché à plat ventre sur la croupe du poney, recherche le contact de l'accompagnant non plus en frappant, mais tout en douceur, se saisissant de la main de l'adulte… Je me suis rendue compte que ces petits moments, comme suspendus dans le temps, ont lieu le plus souvent de manière spontanée si on sait y prêter attention, s'y rendre disponible, être présent ici et maintenant sans projet de rentabilité et d'efficacité.

À travers ces quelques exemples, j'ai tenté de partager une petite partie de mon expérience Snoezelen, seule ou accompagnant un patient, avec ou sans cheval. Je vais maintenant mettre en parallèle de manière plus théorique, bien qu'empirique, Snoezelen traditionnel et Snoezelen auprès des chevaux, sur base d'expériences personnelles, de la théorie Snoezelen développée précédemment et de lectures diverses concernant les chevaux.

38.HULSEGGE J. et VERHEUL A., Snoezelen : Un autre monde, p. 10

39. Idem, p. 11

Réflexions théoriques.

Si le cheval permet de snoezeler, selon moi il faut avant tout accepter de l'accompagner dans ce voyage, c'est-à-dire : respecter la philosophie du Snoezelen, la seule différence étant l'endroit de l'activité et l'introduction de l'Etre vivant qu'est le cheval.

Ainsi, il me paraît important de conserver une certaine constance entre les séances Snoezelen classiques et celles auprès des chevaux par le maintien de caractéristiques communes, à savoir : le respect du concept Snoezelen et celui des conditions de créations du Snoezelen. Concernant ce dernier point, il est évident qu'il sera difficile, voire impossible de présenter les stimulations de manière sélective lors d'une séance de Snoezelen avec les chevaux. Cependant, il me semble que les caractéristiques essentielles de l'approche Snoezelen (à savoir : la chaleur de l'accompagnement, le respect de la personne dans ses choix et son rythme, et l'importance des stimulations sensorielles) peuvent aisément être respectées lorsque l'on travaille auprès de l'espèce équine, et que c'est bien là le plus important.

Un autre point commun entre ces deux pratiques m'apparaît ; il s'agit des effets thérapeutiques qu'elles induisent chez le bénéficiaire, à ceci près : le lien peut se créer non seulement avec l'accompagnant, mais aussi (et peut-être avant tout) avec le cheval (voir infra).

Par contre, les stimulations induites par l'environnement, tout comme l'accompagnement, sont deux parties qui s'adaptent aux conditions particulières de travail imposées par le choix du cadre d'activité que sont le cheval et son lieu de vie. Au sein des paragraphes suivants, j'aborderai la manière dont, selon moi, ces caractéristiques sont modifiées.[Double-click here]

Quels sont les apports du cheval au sein des séances Snoezelen ?

Il m'est apparu au fil de mes lectures et de mes expériences, tant personnelles que professionnelles, que le cheval possède diverses caractéristiques mises en jeu lors des séances Snoezelen et qui me paraissent en adéquation avec cette philosophie de travail.

Ainsi, au travers du «filtre Snoezelen», le cheval est :

- un objet sensoriel ;

- un animal porteur ;

- un individu social et affectif ;

- un Etre chargé symboliquement.

Abordons chacune de ces spécificités de manière plus approfondie.

Le cheval en tant qu' "Objet sensoriel". 

Tout comme l'environnement qui l'entoure (qu'il s'agisse du pré, du box ou de la piste), le cheval procure une série de stimulations sensorielles au bénéficiaire, que celui-ci soit à côté de l'animal ou sur lui.

Si l'on reprend les différentes stimulations proposées en Snoezelen (toucher, ouïe, vue, goût et odorat), et bien qu'il existe des différences inter-individus, on se rend compte qu'elles sont toutes offertes par le cheval. En effet, tous ont une texture, une image, une odeur et un goût, et émettent des bruits ; même si ces texture, image, odeur, goût et bruits sont différents d'un cheval à l'autre.

Le toucher

Comme expliqué précédemment, le toucher est un mode d'entrée en relation très fréquemment utilisé par les personnes handicapées mentales. Il en sera de même dans son approche de l'animal.

Bien qu'il soit impossible de dresser la liste complète des stimulations tactiles qu'offre le cheval, j'aimerais insister sur différents points :

- différents endroits où toucher le cheval

Selon l'endroit où le visiteur touche le cheval, il perçoit des sensations différentes au niveau de la texture, de la chaleur, de l'humidité, des courants d'air, des vibrations, des consistances… Ainsi, toucher les poils de la robe est différent de toucher les crins, les yeux, les naseaux, ou encore l'intérieur de la bouche, les sabots, ou le ventre qui gargouille.

- le licol

Quand on travaille au box ou au pré, et qu'on n'a pas besoin de demander au cheval des mouvements ou des déplacements dirigés, il ne me semble pas nécessaire d'utiliser un licol ou tout autre moyen permettant de garder le cheval près de soi. En effet, si la présence du cheval est intéressante à un niveau tactile, le fait qu'il s'en aille provoque des variations de stimulations sensorielles à divers niveaux : diminution de la chaleur et de l'odeur perçues, distinction de nouveaux bruits liés au déplacement de l'animal, ou encore modification de la luminosité dans le champ de vision du visiteur intéressante pour stimuler le regard. Cet éloignement de l'animal peut également provoquer chez le visiteur un mouvement "aller vers", et ainsi lui permettre d'exprimer ses envies et de satisfaire par lui-même son désir d'être auprès du cheval.

- à cheval ou pas ?

Je dirais que la mise à cheval n'est pas une étape obligée au sein d'une séance Snoezelen. Encore une fois, il faut suivre tant que possible les désirs du visiteur, mais je pense que l'on peut tout de même lui proposer de monter afin de profiter au mieux du champ de stimulations que le cheval est capable d'offrir.

A cheval, ce sont surtout des stimulations somatiques, vibratoires, proprioceptives et vestibulaires qui seront perçues, et ce par les mouvements de déplacement du cheval, ses formes rondes et volumineuses, ses mouvements respiratoires… Le visiteur exprimera peut-être l'envie de se coucher de tout son long sur le cheval. Cette manière de faire permet d'entrer en contact plus étroit avec le matériel car alors une plus grande partie du corps est en relation avec la stimulation. Si le cheval marche, le mouvement pourra être perçu comme un bercement, favorisant la détente. Il me paraît également intéressant de coucher la personne colonne vertébrale contre celle du cheval. Cette position offrira à la personne des stimulations «os contre os» d'un ordre nouveau, favorisant souvent le redressement. Lorsque l'on couche une personne sur un cheval, il est cependant important de veiller à ce que la position soit confortable et ce en prenant garde à la complémentarité des courbes osseuses de l'un et de l'autre (l'observation du visiteur et l'expérimentation personnelle me semblent être de bons moyens de «contrôle»).

Le cheval est également une source de chaleur (…) qui sera ressentie comme agréable par les visiteurs à mobilité réduite car ils se refroidissent rapidement par manque de mouvements (40)

Il est également possible de masser la personne à cheval.

L'ouïe

Le cheval a son répertoire propre de sons, tantôt perçus comme surprenants voire effrayants, tantôt rassurants, tantôt encore amusants.

Ainsi, il m'est arrivé de voir des enfants se couvrant les oreilles, apeurés par le hennissement de leur poney. Par contre, les pets sont souvent synonymes de rire, et le bruit de l'abreuvoir automatique d'interrogation. Certains bruits réguliers, comme celui de fers du cheval sur le sol lorsqu'il marche, ou encore le cheval qui mâche, auront surtout un effet apaisant par le rythme régulier qu'ils offrent et dans lequel il peut être agréable de s'installer (comme le ronronnement d'un chat).

Lien entre l'ouïe et le toucher

Comme expliqué précédemment, la peau et les organes internes sont capables de percevoir les vibrations émises par les sons. Ainsi, le hennissement du cheval par exemple peut être perçu de manière tactile.

Le regard

Le regard du visiteur sera essentiellement sollicité par les différentes couleurs de poils et de peau du cheval, par les ombres et les variations de luminosités liées aux passages de nuages si on travaille en extérieur, au rapprochement et à l'éloignement du cheval, ...

Le goût et l'odorat

Chaque cheval a son odeur personnelle que le visiteur pourra percevoir s'il est suffisamment proche de l'animal.

En ce qui concerne le goût, il est fréquent que les personnes testent les choses avec leur bouche, comme le jeune enfant, et se retrouvent avec des poils et de la poussière dans la bouche…

L'environnement est également à prendre en considération quand on «snoeze» auprès des chevaux. Celui-ci a deux rôles distincts : il est à la fois «créateur d'ambiance» et émetteur de stimulations particulières (41).

L'ambiance liée à l'environnement sera spécifique à chaque séance en fonction d'une série de facteurs naturels et «géographique» (comme par exemple la saison, la météo ou le lieu dont on dispose) qu'il me paraît difficile d'énoncer de manière complète.

Certains éléments attirent toutefois plus particulièrement mon attention :

- la température : en effet, bien qu'il soit possible que les personnes avec qui nous travaillons ne perçoivent pas le froid de la même manière que nous, il me paraît physiologiquement plus ardu d'atteindre un certain niveau de relaxation lorsque la température extérieure est basse. On pensera alors peut-être à emmener des couvertures avec soi pour la séance, ou à étendre une épaisse couche de paille ou de foin dans laquelle se protéger ;

- la luminosité : il s'agit, me semble-t-il, de l'élément le plus difficile à maîtriser lorsque l'on travaille auprès des chevaux puisqu'en effet, la lumière naturelle en extérieur n'est pas «réglable» à souhait, et que la lumière intérieure (dans le box ou dans le manège) est soit allumée, soit éteinte… Toutefois, ce n'est pas le seul élément déterminant l'ambiance de la séance : les autres facteurs environnementaux, et surtout le facteur humain permettent de compenser une éventuelle «problématique» à ce niveau ;

- le sol : les visiteurs apprécient les positions assise et surtout couchée contre le matériel, et notamment le sol pour les raisons évoquées précédemment. Il est donc très important que ce dernier soit confortable. Ainsi, une épaisse couche de paille sera appréciée. Cependant, le sol doit être constitué de telle façon qu'il reste possible d'y marcher (42).

- les sons : si on est seul à travailler, il me paraît intéressant, lorsque l'on snoeze auprès du cheval, d'être attentif aux sons que propose la nature, et peut-être de se passer de musique d'ambiance, les personnes avec qui on est amené à travailler étant peut-être habituellement peu en contact direct avec ces bruits naturels. Si toutefois des séances d'un type différent (rééducation avec le cheval par exemple) émettant des bruits qui peuvent être perçus comme dérangeants ou ne permettant pas une certaine intimité, ont lieu en parallèle des séances Snoezelen et ce dans un environnement proche, il peut être intéressant de diffuser une musique d'ambiance ou de changer d'environnement. Cependant, il faut noter que ce qui peut être vécu comme perturbant par certaines personnes ne sera pas perçu comme tel par d'autres. Ici, c'est l'observation que l'on fera du visiteur qui guidera nos choix.

Comme je l'ai dit précédemment, c'est cependant avant tout l'accompagnant qui est responsable de l'ambiance de la séance par sa présence auprès des visiteurs.

En ce qui concerne les stimulations particulières, elles sont de l'ordre des cinq types : toucher, ouïe, regard, goût et odorat. Ces sens sont sollicités par l'environnement «invariable» (constitué par l'environnement «large» : pré, box, piste, météo, …), mais également par les différents objets que l'on peut amener dans l'environnement «proche» ou qui s'y trouvent déjà : brosses de pansage, eau, foin, paille, nourriture pour les chevaux que l'on peut goûter soi-même, crottin, etc...

40. HULSEGGE J. et VERHEUL A., Snoezelen : Un autre monde, p. 66

41. J'entends par «stimulation particulière» les caractéristiques sensorielles propres à chaque élément présent dans l'environnement (l'eau de l'abreuvoir mouille la main qui s'y plonge, est à une certaine température ressentie comme plus ou moins froide [ou chaude], ce qui est plus ou moins agréable en fonction de divers facteurs (température extérieure, goûts personnels), est transparente ou pas, reflète ce qui se trouve au dessus d'elle, fait des vagues lorsqu'on y plonge un objet ou touche sa surface…).

42. HULSEGGE J. et VERHEUL A., Snoezelen : Un autre monde, p. 65

Le cheval en tant qu' "animal porteur". 

Si la personne est à cheval, la relation animal/visiteur se traduira par un dialogue tonique entre les deux parties. Le bénéficiaire devenant pour le cheval un «bouquet de sensations» (43) et principalement des sensations liées à son tonus musculaire (44) par lequel le cheval pourra se laisser influencer, mais qu'il sera également à même de faire varier (45).

C'est la fonction de portage (Holding) du cheval qui est ici mise en évidence. Cette fonction confère au cheval un statut (…) de substitut maternant pour tous ceux chez qui il réactive des sensations liées à la petite enfance. En effet, le corps à corps, l'intimité créée par les mouvements rythmiques et harmonieux du cheval, la chaleur ressentie dans le corps favorisent l'expression des émotions (46). De plus, si sur le dos du cheval, l'enfant est porté, bercé (…) il est aussi massé, "manipulé", tant par le mouvement rythmé du pas du cheval, que par le thérapeute dans un but de contact ou de réassurance. Intervient ici la notion de "Handling" qui a une fonction de contenance (47). Ces rôles symboliques de mère «porteuse» et contenante sont, selon moi, intimement liés aux dimensions sensorielles propres à l'espèce équine, voire à chacun de ses membres. On retrouve parmi elles : les formes rondes de l'animal, sa chaleur, sa douceur, son odeur, ses mouvements, sans oublier l'état tonique de l'animal qui joue pour beaucoup.

Le cheval en tant qu'«Individu social et affectif»

Le cheval en tant qu' "Individu social et affectif". 

Tout comme l'Homme, le cheval est une Etre profondément social et donc disponible à la relation, sans pour autant s'imposer. Qui dit relation, dit communication. Entre l'Humain et le cheval, elle est de deux types : la communication digitale et la communication analogique.

La communication digitale

La communication digitale est celle, codée, du cavalier à sa monture. Elle contient le message à faire passer.

Ce moyen d'expression sera peu, voir pas utilisé par le visiteur. En effet, il faut être "averti", avoir appris le code pour pouvoir s'en servir, et ce n'est bien souvent pas le cas du patient.

Par contre, si on travaille en piste, le thérapeute pourra utiliser ce langage pour faire des demandes au cheval : avance, arrête-toi, tourne par ici…

La communication analogique

Comme je l'ai déjà expliqué, les personnes lourdement handicapées avec qui nous travaillons en Snoezelen communiquent de manière privilégiée par le langage non-verbal, ou communication analogique. Cette forme de communication archaïque s'exprimant au travers des postures, des gestes, des mimiques, autrement dit de mouvements corporels qui renseignent sur l'humeur, les intentions et autres manifestations de la personnalité (48) ainsi que sur le contenu relationnel de l'échange, est un mode de communication authentique (49), fait d'«ici et maintenant», également utilisé par les chevaux.

Ainsi, le cheval répondra à l'affection que lui porte le visiteur, exprimée par de la douceur, des caresses…, ou au contraire à l'agressivité de celui-ci sans gêne, sans pudeur et sans honte, et sans pour autant émettre de jugement, uniquement en fonction de son intérêt personnel, de ses envies, de ses besoins.

Cette dimension relationnelle et communicative est, selon moi, spécifique à chaque cheval. Ainsi, chacun des représentants de cette espèce, en fonction de sa sensibilité, de son histoire… a une personnalité qui lui est propre et qui fait de lui un partenaire unique. D'une certaine manière, il peut être considéré comme co-accompagnant dans la séance puisque, comme le thérapeute est amené à le faire, il entre en relation avec le visiteur dans des moments de partage authentique.

Le cheval en tant qu' "Etre charghé symboliquement".

La dimension symbolique du cheval se présente doublement : l'imaginaire collectif d'une part, les représentations du sujet d'autre part. Le premier trouve ses origines dans la longue histoire liant l'Homme et l'espèce équine. Les deuxièmes sont propres à chaque individu en fonction de son histoire personnelle.

Il est difficile pour moi de dire si les personnes lourdement handicapées avec qui on est essentiellement amené à travailler en Snoezelen, ont accès à une forme de représentation symbolique du cheval, tant au niveau collectif que personnel. Il est cependant évident qu'il faut tenir compte de toute manifestation, telle que l'expression de craintes à l'égard de l'animal, qui pourrait être en lien avec cette dimension symbolique. Il est également évident que les représentations symboliques propres à l'accompagnant influenceront la séance d'une manière ou d'une autre, l'important étant d'en être conscient et d'y prendre garde. Si le visiteur a accès à cette dimension symbolique, le cheval pourra alors, tout comme le thérapeute, jouer un rôle symbolique au sein des séances Snoezelen.

Je ne m'attarderai pas d'avantage sur cette dimension car l'objet essentiel du Snoezelen n'est pas là, mais au niveau de l'apport sensoriel du cheval, et du plaisir sensori-moteur et relationnel qui y sont liés.

43. Une fois sur le dos du cheval, nous n'avons plus d'«existence sociale» : nous ne sommes plus un individu mais simplement un «ensemble de sensations», In BARREY J.-C., La communication cénesthésique entre le cheval et le cavalier, p. 4

44. Puisque nous parlons ici de communication analogique et non de communication digitale comme ce serait le cas si l'on utilisait les aides d'équitation classique.

45. L'Homme possède aussi cette sensibilité cénesthésique, et tout mouvement, changement d'attitude, contraction ou relâchement de la part du cheval induiront chez lui les mêmes phénomènes, In BARREY J.-C., La communication cénesthésique entre le cheval et le cavalier, p. 5

46. COLLECTIF, sous la direction de Marie Jollinier, Cheval Indaptations et handicaps, p. 23

47. HERBULOT S., L'enfant psychotique et l'hippothérapie : l'espoir d'une rencontre dans le monde du sentir, p. 18

48. COLLECTIF, sous la direction de Marie Jollinier, Cheval Inadaptations et handicaps, p. 24

49. Si je dis que ce langage non-verbal est authentique, c'est parce qu'il n'est pas possible de mentir par son intermédiaire, chose que nous permettent les mots. En effet, les signaux émis par ce langage corporel le sont de manière involontaire.

Le cheval idéal ?

Tout comme il n'y a pas d'endroit réellement spécifique pour snoezeler, je pense qu'il n'y a pas un «cheval type» qui le permette. Cependant, cela ne signifie pas pour moi que n'importe quel cheval puisse convenir, mais seulement qu'il devrait peut-être correspondre à quelques critères larges, lesquels seraient :

- ne pas être dangereux, être suffisamment équilibré mentalement (à éviter donc les chevaux dont on sait qu'ils ont une grande tendance à mordre… il faut cependant garder à l'esprit que même le plus doux de tous reste un animal, on ne peut donc jamais être certain à 100 % que la sécurité est totalement assurée) ;

- être d'une taille telle que le thérapeute puisse aisément assurer la sécurité de la personne à cheval et lire les expressions faciales de celle-ci afin de poursuivre l'échange ;

- être en condition physique suffisamment bonne que pour ne pas souffrir de douleurs lorsqu'une personne se trouve sur son dos.

Quel accompagant ? 

En séance Snoezelen auprès du cheval, les caractéristiques de base de l'accompagnement sont celles telles que définies dans la première partie du travail.

Toutefois, il me semble également primordial que le «thérapeute» dispose de qualités supplémentaires propres au choix du cadre de travail. Ainsi, il me paraît important que l'accompagnant :

- ait une certaine connaissance du cheval. J'entends par là de l'espèce équine (connaissance éthologique) ET des chevaux avec qui il va proposer les séances, chacun ayant sa personnalité propre ;

- soit disponible dans la lecture qu'il a du patient, mais aussi du cheval (voir supra), et qu'il adapte sa séance en fonction de ces deux «partenaires» ;

- laisse la liberté de prendre des initiatives au patient, mais également au cheval (en effet, celui-ci est intéressant par son côté «sensoriel», mais également parce qu'il a une vie qui lui est propre), et puisse leur faire confiance ;

- ait une auto-expérimentation des sensations que peuvent procurer le cheval et son environnement, ne se limitant évidemment pas aux sensations équestres ;

- se connaisse bien, connaisse ses limites, tout en étant capable si nécessaire de les dépasser (ex. : odeurs du patient, bave, notion de danger…) ;

- puisse accepter l'autre tel qu'il est, sans chercher d'amélioration, sans projet… et donc accepter réellement et pleinement la philosophie du Snoezelen, et pouvoir expliquer cette démarche à l'équipe, aux éducateurs et encadrants du bénéficiaire ;

- ait des connaissances théoriques et pratiques concernant le toucher, la mise à cheval, les appuis à apporter à la personne, ainsi que la manipulation de celle-ci. Un travail corporel est donc important.

CONCLUSION.

Si le cheval permet de snoezeler par son côté «objet procurateur de sensations», il offre également une dimension supplémentaire liée à sa condition d'Etre vivant : une entrée en relation basée sur le langage non-verbal, faisant de lui un partenaire plus qu'un simple objet.

Comme nous l'avons vu, les grandes caractéristiques de la philosophie Snoezelen font des séances :

- un moment de partage authentique entre le visiteur et l'accompagnant,

- vécu dans un état de bien-être, de sécurité et de détente,

- rendu possible par :

un accompagnement basé sur l'observation et le respect du visiteur au sein d'une relation chaleureuse

et un éveil des sens aux stimulations proposées par l'environnement.

Ainsi, des espaces spécifiques ont été étudiés, mis en place, et aménagés avec du matériel plus ou moins sophistiqué, afin de répondre au mieux à ce dernier critère.

Toutefois, l'accompagnement du visiteur ne se conçoit pas uniquement dans ces lieux, ni avec ce matériel. Il est possible de snoezeler partout et à tout moment à (…) condition de prendre la peine et le temps de vivre chaque expérience (…) en donnant place au bien-être de la personne à partir de l'éveil sensoriel (50).

Le cheval et son environnement font donc partie de cette infinité de possibilités de snoezeler, et répondent de fait aux critères cités précédemment. Il faut cependant noter que le cheval apporte une dimension supplémentaire aux séances : la possibilité d'une relation entre lui et le visiteur. Cette relation, notamment présente lors du portage, est rendue possible par l'utilisation chez l'équidé et l'Homme d'un mode de communication similaire (et privilégié chez les visiteurs) : le langage non-verbal ou communication analogique, exprimant nos humeurs et la nature de la relation qui uni les interlocuteurs, au travers des mimiques, du tonus, des postures, des regards, … De ce fait, le cheval occupe un statut de partenaire, de co-accompagnant, plutôt que de simple objet à toucher, sentir…

De plus, le choix de ce cadre de travail particulier implique pour le thérapeute de développer des qualités complémentaires aux caractéristiques d'accompagnement initiales. Ainsi, une auto-expérimentation des stimulations sensorielles offertes par le cheval et une connaissance éthologique de ce dernier me semblent plus que nécessaire, en n'oubliant toutefois pas que chaque cheval a sa personnalité propre, rendant le travail à ses côtés d'autant plus riche et intéressant.

50. HULSEGGE J. et VERHEUL A., Snoezelen : Un autre monde, p. 11

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